Le Seigneur des Anneaux : Gollum ou le récit d’un fiasco inévitable

par | 5 Août 2023 | Dossiers & Interviews, Nintendo, PC, PlayStation, XBOX

Le couperet est tombé, Le Seigneur des Anneaux : Gollum est officiellement le pire jeu de 2023 d’après les notes de la presse. Un échec flagrant auquel nous pouvons trouver quelques éléments de réponses.

Entre les sorties de The Legend of Zelda : Tears of the Kingdom, de Diablo IV et les titres annoncés lors du PlayStation Showcase 2023 de Sony, Le Seigneur des Anneaux : Gollum a eu énormément de mal à attirer l’attention sur sa sortie, le 25 mai 2023. Si l’adage dit que la réussite se chargera de faire le bruit, force est de constater que c’est l’échec de Daedalic Entertainment et de Nacon qui les a mis sur les devants de la scène médiatique…

En termes de déception dans l’industrie du jeu vidéo, le cas de Cyberpunk 2077 nous vient quasi automatiquement. Tout simplement parce que rien dans les trailers, gameplays ou previews ne laissait présager un jeu aussi éloigné des ambitions et promesses des développeurs. Néanmoins, le cas de Le Seigneur des Anneaux : Gollum donnait des indices sur un potentiel échec, à commencer par le pitch de départ.

Des prémisses loin d’être optimales

Eh oui, faire du personnage anti charismatique qu’est Gollum, un héros de jeu vidéo, est un choix très risqué en soi. Ce dernier a vécu dans une grotte pendant des centaines d’années, et s’illustre dans la saga par des actes de trahison, des vols et des meurtres. Sans compter son apparence peu charmeuse, il serait difficile de se voir l’incarner lorsque des personnages comme Aragorn ou Gandalf auraient largement été plus appréciés. Cette prise de risque au niveau du concept même se décline également dans le studio qui s’est engagé dans l’aventure.  

Il s’agit de Daedalic Entertainment, né en 2007 en Allemagne. Le studio et éditeur de jeux vidéo s’est fait un nom dans l’industrie en développant des jeux d’aventures narratifs. Parmi son catalogue, nous trouvons plusieurs point & click qui ont eu leur popularité. Entre autres, Deponia (une aventure haute en couleur) ou Ken Follett’s The Pillars of the Earth (une adaptation du roman éponyme de Ken Follett). Avec ce genre de jeux très appréciés du public, vous l’aurez compris, Daedalic excelle par son approche originale de la narration couplée à l’élaboration d’expériences captives et immersives.

Alors nous imaginons bien que passer du développement de ce style de jeux au développement d’un jeu de plateforme/d’infiltration en 3D avec un budget serré n’était pas une mince affaire, comme le montre les divers reports durant le développement. Considérons donc le rôle qu’a pu jouer l’éditeur Nacon dedans, en le rachetant durant le développement du titre.

Un rachat stratégique pour Nacon

Aux côtés de Daedalic Entertainment, nous retrouvons le nom de Nacon. L’entreprise est connue pour proposer une large gamme d’accessoires de jeu pour consoles de salon, PC et mobiles. Vous êtes sûrement déjà tombé sur leurs manettes, volants de course, ou casques audios visant à améliorer l’expérience de jeu des joueurs. Mais à côté de cela, Nacon est également impliqué dans l’édition de jeux vidéo. Ce dernier collabore avec des studios pour en créer et en publier. Son champ d’action s’étend essentiellement aux jeux de sports (Tour de France 2023Tennis World Tour) de courses (WRC GenerationsRiMS Racing) et de simulations (Chef Life: A Restaurant SimulatorHunting Simulator 2). Alors en voulant acquérir un studio comme Daedalic Entertainment, nous devinons que cette action s’inscrit dans un projet économique bien rodé.

Effectivement, dans une campagne de diversification afin de renforcer sa position dans le marché, la filiale de Bigben Interactive entreprend une ambitieuse campagne de rachat de studios pour mettre en place son label de jeux indépendants. Nous assistons notamment à celui d’Ishtar Games le 8 octobre 2021. Puis en l’espace de deux semaines, la firme s’offre le studio français à l’origine d’Edge of EternityMidgar Studio (7 février 2022) ainsi que Daedalic Entertainment (17 février 2022). Ce dernier représente l’opération la plus onéreuse de l’histoire de l’éditeur, 53 millions d’euros ayant été mobilisés pour la transaction. Leur communiqué annonce clairement ses ambitions avec le studio et éditeur de jeux indépendants :

Cette transaction permettra à Nacon d’acquérir plusieurs propriétés intellectuelles clés et de bénéficier de la remarquable expertise de Daedalic Entertainment en matière d’édition et de développement de jeux. L’intégration au sein du groupe Nacon permettra au studio de renforcer son équipe de développement et sa position d’éditeur indé de premier plan.

Avec cette acquisition stratégique, Nacon avait bien l’intention de renforcer sa position au sein de l’industrie du jeu vidéo. Son alliance avec Daedalic Entertainment paraissait logique, dans la mesure où les deux organismes ont l’occasion de devenir les leaders des jeux AA par leurs profils complémentaires.

Des ambitions démesurées ?

Le Seigneur des Anneaux : Gollum doit alors assumer un rôle primordial, puisqu’il est censé être l’un des porte-étendards de ce changement de direction. Nous pouvons le voir en visionnant le Nacon Connect du 9 mars 2023, où le jeu conclut le livestream aux côtés de RoboCop : Rogue City. Ce procédé qui consiste à utiliser les conférences pour mettre en œuvre un changement dans la politique d’une firme est assez courant.

Récemment, nous avons eu l’exemple avec le PlayStation Showcase 2023, qui ouvre sa conférence avec le jeu service Fairgame$, étant donné les projets de Sony de se tourner de plus en plus sur ce domaine. Pour en savoir plus à ce sujet, nous vous invitons à lire notre dossier consacré à ce sujet.

Mais cette volonté de Nacon est-elle compatible avec le studio qui travaille dessus ? Nous pourrions facilement spéculer sur Nacon voulant faire de Gollum un jeu bien plus ambitieux qu’il ne devait l’être au départ. D’où les multiples reports afin d’offrir “la meilleure expérience qui soit”. Les différentes previews écrites par la presse vidéoludique avant la sortie du jeu n’étaient pas optimistes. La grande majorité d’entre eux s’accordent pour qualifier le jeu d’inquiétant à seulement deux mois de sa mise en vente. Malheureusement, Le Seigneur des Anneaux : Gollum a confirmé leurs impressions…

Une réception chaotique

Lorsque les premiers tests du jeu arrivent, les avis sont unanimes. Nous assistons à un florilège de critiques, et The Guardian ouvre ce bal avec la note de 1 sur 5. Le journal britannique le décrit comme « un jeu d’action/aventure furtif dérivé, sans intérêt et fondamentalement défectueux qui ne capture rien d’intéressant de la fiction de Tolkien », rien que ça. De son côté, GameSpot lui accorde un 2 sur 10, regrettant une aventure « antipathique et tragique à l’image de son protagoniste ». Enfin, Hardcore gamer attribue la note de 2 sur 5. Bien que le scénario « captivant » met bien en valeur la dualité Smeagol/Gollum habitant l’étrange créature, le site n’a pu lui trouver une seconde qualité.

Du côté de la France, il y a un peu plus de clémence incarnée par Gameblog. Le site ne cache pas sa déception en accordant la note de 4 sur 10. L’axe de critique principal étant le manque “d’epicness” dans l’aventure, le comble pour un jeu basé sur l’univers culte Le Seigneur des Anneaux. Le jeu n’est clairement pas à la hauteur comparée aux standards actuels, sans oublier les nombreux bugs et plantages qui laissent penser que nous sommes face à un produit inachevé. Toutes ces critiques lui valent un metascore de 39/100 sur Metacritic, faisant de lui le pire jeu de l’année. Face à cette vague de polémique, Daedalic Entertainment a tenu à présenter ses excuses via un communiqué :

Des conséquences irréversibles

Sur le moment, Nacon n’a rien communiqué au sujet de ce fiasco et se fait d’ailleurs bien discret depuis la polémique. En parallèle, pas mal de développeurs ont tenu à soutenir le studio publiquement après cette débâcle, dont Josh McKellan (directeur de Silent Hill : Townfall). Ce dernier déclare que « Personne ne veut sortir un mauvais jeu, et il y a des milliers de raisons pour lesquelles cela peut arriver qui sont hors du contrôle de quiconque. Tout ce que vous pouvez faire, c’est en tirer des leçons ». De plus, nous pouvions nous accrocher à l’espoir d’un prochain jeu Le Seigneur des Anneaux, qui aurait pu permettre au studio de montrer ce qu’il sait faire. Et par la même occasion, de rendre justice à l’univers de la saga.

Malheureusement, Daedalic Entertainment ne parviendra pas à se relever de cet échec. En effet, la structure ne développera plus de jeux vidéo. Sur les 90 employés du studio, 25 sont licenciés de leur poste. Daedalic déclare à ce sujet : “Nous apprécions chaque membre de notre équipe et il est important pour nous que la transition se déroule le mieux possible”. La première initiative du studio est de se concentrer sur l’édition de titres. Ces derniers ont déjà InkulinatiShadow TacticsUnrailed et Iratus : Lord of the Dead sous le coude pour reprendre leurs activités.

Le Seigneur des Anneaux : Gollum a rencontré un destin malheureux. De ses prémices peu prometteuses à sa réception critique désastreuses, ce dernier a scellé l’avenir de Daedalic Entertainment en tant que développeur de jeux vidéo. Une preuve que l’industrie peut être sans pitié lorsqu’on se loupe…

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